-« J’habite sur Bellerive »…
C’est ainsi que je me situe quand on me le demande.
Se situer, quelle importance! C’est dire qui je suis. C’est dire Que je suis. J’existe à Bellerive. C’est là que le monde me situe. C’est là que le monde m’y reconnaît vivante.
Ainsi, la vie pour moi passe maintenant par Bellerive.
-« J’habite sur Bellerive »…
Dans mon attitude, par mes mimiques d’expression, par mon regard, par la commissure de mes lèvres, par la vibration de mes mots, je dis à mon interlocuteur combien…
Je suis heureuse que ma maison, mon havre de paix, mon nid d’amour, ma tanière de sécurité, ma bulle de ressourcement et plus encore, se situe dans cet espace incroyable.
Incroyable, c’est encore ce mot que traduit mon expression. Incroyable que cette maison soit devenue mienne, moi encore manant il y a peu. Gueuse? Tout de même. Non. Du clan des errants, j’en fus jadis, sans concession. Mais un québécois de souche 100% pure laine a croisé ma galère, et depuis ce jour, l’amour m’a ramenée sur terre, jusqu’à Bellerive.
Cette enchanteresse se pare d’un écrin verdoyant où Jardin des merveilles s’y épanouit sans complexe. Moufettes, ratons laveurs, marmottes, écureuils et d’autres hôtes mystérieux encore inconnus s’y côtoient autour d’arbres, de pins, de plantes et de fleurs des plus odorantes et des plus colorées jusqu’à l’indécence.
Bellerive… Notre Bellerive… Oser le dire sans s’attirer le mauvais œil. Oser le dire pour conjurer tout vicieux sortilège. Car dans un domaine ainsi enchanteur, la magie en est toujours l’orfèvre, et il est à craindre qu’une alchimie de bas étage ne ramène cet Eden, à un état de leurre, tels le carosse et la citrouille.
Trouille, c’est bien le mot juste, cru et résonnant qu’il convient pour exprimer la peur qui racrapotte mon ventre à l’idée d’être chassée de Bellerive.
Bellerive, c’est là que j’habite. C’est là que je vis. C’est là que j’aime. Tout simplement.
mardi 7 octobre 2008
vendredi 3 octobre 2008
Maple-2 (André)
Au fond du fin fond du fond du chemin, un fouilleux. C’est certainement un étranger. Il n’y a que des étrangers pour venir fouiller là. Qui d’autre irait au fond? Nous, nous restons sur le bord, prêts à sauter, pour se sauver ou s’amuser. J’y suis allé une fois, pour aller ailleurs, c’est un chemin de traverse. Quand ça va mal, on passe par là pour aller en ville, en autobus.
Mais que fait-il là au juste? Ce n’est pas normal. Il va prendre quelque chose que j’aurais dû voir. Et puis, y’é pas chez lui. C’est chez nous icitte. Vas-t-en?
Un autre arabe ou un juif, un chinois ou un japonais, ou pire encore un anglais. Un anglais avec un père chinois et une mère arabe. Que veux-tu faire avec ça? Pas de culture, pas de racine, que de l’étrange. Nous, on en a une culture. Les français nous ont donné 500 ans de culture littéraire et 1000 d’histoire fabuleuse. C’est pas d’la culture ça? Pis y’a les indiens qui nous ont appris à vivre icitte, à boire une potion d’écorce de bouleau pour éviter le scorbut, pis à se protéger des mouches. Facile, il suffit de fumer et boire. Le premier pour les éloigner et le deuxième pour oublier les autres… Pis y’a les anglais, qui nous ont appris à compter, à faire de l’argent. Nous sommes restés nous-mêmes quand même; sans être capitaliste, juste centriste, ni à gauche, ni à droite. C’est le meilleur des deux, donner parce que capable de le faire et paraître généreux; ne pas trop accumuler d’argent pour ne pas avoir l’air avare.
C’est pas d’la culture ça? Pas toute mélangée : une culture évolutive. Français, amérindien, anglais pis québécois! Le meilleur, l’incongru, le pire et le mieux.
Arrête de m’achaler avec ça, chus pas raciste, chus réveillé! Regarde ça… v’la qui fouille dans la poubelle! Ça m’écoeure… ça dénature le coin….. Un si beau petit coin, avec de grands arbres matures, plein de vie.
Oups, il nous a vus. Vite crissons notre camp d’icitte. Chus sûr qu’il vient nous quêter ou nous vendre quelque chose. L’autre jour, y’en a un qui est venu sonner chez moi, il vendait des calendriers. C’est pas moi qui ai besoin d’un calendrier, c’est lui. Je le sais moi qu’on est en 2008; lui il vit comme un miséreux, toujours à quêter les autres. C’est terminé le moyen-âge. Vas donc dans les pays de l’est, eux ils crèvent comme toi que je lui ai dit.
Ah! Ta mère vient de Bulgarie, j’savais pas… Pourtant, elle est bien ta mère. Elle parle français et tout. Pis toi, t’as toujours été normal. Quoi? Ben oui que mon grand-père est américain… mais un américain d’origine française Monsieur. Ma grand-mère, ben on sait pas. J’pense de là-bas…. En Europe…. Quelque part…
Mais je suis un vrai québécois. 100% pure laine. C’est normal d’avoir des origines d’ailleurs. Si on était tous de la même place, on mourrait. Regarde la consanguinité, ça détruisait des races, des peuples…
Mais,j’le connais lui, c’est, c’est … non! Mon oncle?
Mais que fait-il là au juste? Ce n’est pas normal. Il va prendre quelque chose que j’aurais dû voir. Et puis, y’é pas chez lui. C’est chez nous icitte. Vas-t-en?
Un autre arabe ou un juif, un chinois ou un japonais, ou pire encore un anglais. Un anglais avec un père chinois et une mère arabe. Que veux-tu faire avec ça? Pas de culture, pas de racine, que de l’étrange. Nous, on en a une culture. Les français nous ont donné 500 ans de culture littéraire et 1000 d’histoire fabuleuse. C’est pas d’la culture ça? Pis y’a les indiens qui nous ont appris à vivre icitte, à boire une potion d’écorce de bouleau pour éviter le scorbut, pis à se protéger des mouches. Facile, il suffit de fumer et boire. Le premier pour les éloigner et le deuxième pour oublier les autres… Pis y’a les anglais, qui nous ont appris à compter, à faire de l’argent. Nous sommes restés nous-mêmes quand même; sans être capitaliste, juste centriste, ni à gauche, ni à droite. C’est le meilleur des deux, donner parce que capable de le faire et paraître généreux; ne pas trop accumuler d’argent pour ne pas avoir l’air avare.
C’est pas d’la culture ça? Pas toute mélangée : une culture évolutive. Français, amérindien, anglais pis québécois! Le meilleur, l’incongru, le pire et le mieux.
Arrête de m’achaler avec ça, chus pas raciste, chus réveillé! Regarde ça… v’la qui fouille dans la poubelle! Ça m’écoeure… ça dénature le coin….. Un si beau petit coin, avec de grands arbres matures, plein de vie.
Oups, il nous a vus. Vite crissons notre camp d’icitte. Chus sûr qu’il vient nous quêter ou nous vendre quelque chose. L’autre jour, y’en a un qui est venu sonner chez moi, il vendait des calendriers. C’est pas moi qui ai besoin d’un calendrier, c’est lui. Je le sais moi qu’on est en 2008; lui il vit comme un miséreux, toujours à quêter les autres. C’est terminé le moyen-âge. Vas donc dans les pays de l’est, eux ils crèvent comme toi que je lui ai dit.
Ah! Ta mère vient de Bulgarie, j’savais pas… Pourtant, elle est bien ta mère. Elle parle français et tout. Pis toi, t’as toujours été normal. Quoi? Ben oui que mon grand-père est américain… mais un américain d’origine française Monsieur. Ma grand-mère, ben on sait pas. J’pense de là-bas…. En Europe…. Quelque part…
Mais je suis un vrai québécois. 100% pure laine. C’est normal d’avoir des origines d’ailleurs. Si on était tous de la même place, on mourrait. Regarde la consanguinité, ça détruisait des races, des peuples…
Mais,j’le connais lui, c’est, c’est … non! Mon oncle?
jeudi 2 octobre 2008
Maple-1 (André)
Bizarre qu’une rue s’appelle Maple, surtout au coin de Bellerive. C’est comme une incursion ennemie dans le petit monde Jacques-Cartier. D’autant plus que la rue relie deux entités complètement différentes du domaine. D’un bout à l’autre, elle change complètement de visage. Ainsi, de la superbe cabane aux HML, on voit toute l’histoire de la ville défiler sous nos yeux. Ça coule de source comme on dit.
Lorsqu’on la prend par l’ouest, on a l’impression de reculer, de perdre ses avoirs. Du confort vers l’indifférence, on marche vers un cul-de-sac inévitable. Une entrée de golf bloquée interdit toute évolution. L’arrivée par l’est offre beaucoup plus d’intérêt. Elle zigzague doucement vers l’avant, toujours de plus en plus beau, de plus en plus gros. Les maisons s’arrêtent, s’installent. Ici un dépanneur, là une école; entre les deux, une vie.
Dès que la sortie de l’école est passée, on y est. Un grand parc vert, des jeunes qui jouent au soccer sur un terrain de baseball trafiqué depuis quelque temps déjà; et les maisons, immenses et belles avec de superbes arbres. C’est la réussite enfin.
La rue ne s’arrête pas là! Au moment d’atteindre sa limite, elle bifurque pour continuer son chemin. La vie continue et les maisons grossissent.
Lorsqu’on la prend par l’ouest, on a l’impression de reculer, de perdre ses avoirs. Du confort vers l’indifférence, on marche vers un cul-de-sac inévitable. Une entrée de golf bloquée interdit toute évolution. L’arrivée par l’est offre beaucoup plus d’intérêt. Elle zigzague doucement vers l’avant, toujours de plus en plus beau, de plus en plus gros. Les maisons s’arrêtent, s’installent. Ici un dépanneur, là une école; entre les deux, une vie.
Dès que la sortie de l’école est passée, on y est. Un grand parc vert, des jeunes qui jouent au soccer sur un terrain de baseball trafiqué depuis quelque temps déjà; et les maisons, immenses et belles avec de superbes arbres. C’est la réussite enfin.
La rue ne s’arrête pas là! Au moment d’atteindre sa limite, elle bifurque pour continuer son chemin. La vie continue et les maisons grossissent.
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