-« J’habite sur Bellerive »…
C’est ainsi que je me situe quand on me le demande.
Se situer, quelle importance! C’est dire qui je suis. C’est dire Que je suis. J’existe à Bellerive. C’est là que le monde me situe. C’est là que le monde m’y reconnaît vivante.
Ainsi, la vie pour moi passe maintenant par Bellerive.
-« J’habite sur Bellerive »…
Dans mon attitude, par mes mimiques d’expression, par mon regard, par la commissure de mes lèvres, par la vibration de mes mots, je dis à mon interlocuteur combien…
Je suis heureuse que ma maison, mon havre de paix, mon nid d’amour, ma tanière de sécurité, ma bulle de ressourcement et plus encore, se situe dans cet espace incroyable.
Incroyable, c’est encore ce mot que traduit mon expression. Incroyable que cette maison soit devenue mienne, moi encore manant il y a peu. Gueuse? Tout de même. Non. Du clan des errants, j’en fus jadis, sans concession. Mais un québécois de souche 100% pure laine a croisé ma galère, et depuis ce jour, l’amour m’a ramenée sur terre, jusqu’à Bellerive.
Cette enchanteresse se pare d’un écrin verdoyant où Jardin des merveilles s’y épanouit sans complexe. Moufettes, ratons laveurs, marmottes, écureuils et d’autres hôtes mystérieux encore inconnus s’y côtoient autour d’arbres, de pins, de plantes et de fleurs des plus odorantes et des plus colorées jusqu’à l’indécence.
Bellerive… Notre Bellerive… Oser le dire sans s’attirer le mauvais œil. Oser le dire pour conjurer tout vicieux sortilège. Car dans un domaine ainsi enchanteur, la magie en est toujours l’orfèvre, et il est à craindre qu’une alchimie de bas étage ne ramène cet Eden, à un état de leurre, tels le carosse et la citrouille.
Trouille, c’est bien le mot juste, cru et résonnant qu’il convient pour exprimer la peur qui racrapotte mon ventre à l’idée d’être chassée de Bellerive.
Bellerive, c’est là que j’habite. C’est là que je vis. C’est là que j’aime. Tout simplement.